13 hommes à Saint Michel.
Celui qui se lève le premier aura du malheur toute l'année ?
Un quatorzième, mieux habillé mais tout aussi hébété, fait les distributeurs
Il appuie sur "rendre la monnaie"
dans un espoir utopique que quelqu'un ait oublié une pièce...
La plupart sont couchés, entrelacés dans des duvets, journaux, couvertures.
Un prépare ses affaires : où va-t-il ? A-t-il un emploi ?
Un fait des allers retours sur le quai
il ne semble pas voir le monde autour de lui...
Mais lui qui le voit ?
Hormis sa puanteur, rien ne peut intéresser les gens intégrés.
Quelle réunion j'ai ce matin ?
Que vais-je manger : sandwich ou CROUS ?
Ca pue ici.
J'ai appelé Jonathan pour cette soirée ? Il faudra que je le fasse...
Celui qui prépare ses affaires se change.
Il est cul nu quelques instants... choquant !
Comment peuvent-ils dormir ici ?
Le métro fait un bruit monstre.
Si on ajoute les deux sens, il en passe un à la minute quasiment.
Mais on sait pourquoi ils dorment ici.
Moi même je révise ici le matin pour être près de mon école,
et, raison commune, parce qu'il fait chaud.
En tout cas moins froid que dehors.
Quelques matins à 7h15 comme ça
un homme passe et embarque un ou deux hommes.
Ce mec la respire le calme, la bienveillance mais aussi la force.
Un mec par semaine, dans une station
Station qui à elle seule comprend 13 clochards
Une station, sur une ligne, dans une ville...
On laisse donc les gens s'extraire de la société,
se faire avoir et après fini.
T'avais qu'une chance mon gars !
Pourtant une douche, un lit, un en-cas c'est pas bien difficile à trouver
même une fois par jour,
même pour quelques milliers de personnes.
Et puis surtout la question trotte jamais loin dans ma tête :
"Comment en sont-ils arrivés là ?"
Je connais en partie la réponse,
j'imagine bien ...
Des gens qui sombrent pour diverses raison j'en ai connu, j'en connais.
Perte de quelqu'un, d'un emploi, alcolisme, dettes...
Mais moi naïve que je suis,
je vois pas comment on a pu les couper totalement du monde.
Tout le monde vit, marche, machouille son chewing-gum, révise, réfléchit.
Eux dorment.
Quelle étrangeté que cette bouche de métro tout de même.
Tiens, il y en a un qui se met à ronfler...
Est-il mieux quand il dort ?

